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Un peu d’histoire pour l’Egypte

« Mémoire sur la conquête de l’Egypte » par Leibniz
Au début des années 1670 , les visées du Roi- Soleil inquiètent le jeune génie encore inconnu, tout comme son protecteur, l’évêque de Mayence. Leibniz concocte un Mémoire sur la conquête de l’Egypte pour Louis XIV.


Etait-il destiné à convaincre le belliqueux monarque français de tourner ses armes loin de l’Allemagne et de la Hollande, vers l’Orient ? Cette thèse traditionnelle est séduisante. Mais elle sous-estime le flair politique de Louis XIV, qui ne se serait pas aussi facilement laissé duper par une manœuvre de diversion. Le contexte français se prête pourtant à une telle proposition et Leibniz sait jouer sur des points sensibles. Colbert s’intéresse depuis longtemps au commerce de la mer Rouge et à la route des Indes, et la vocation supposée de la monarchie franque à régner sur la Terre sainte ou sur l’Egypte nourrit en France un messianisme dynastique depuis la Renaissance. La piraterie endémique en Méditerranée, les affronts réguliers infligés par le sultan ottoman aux ambassadeurs de France, créent en outre un climat favorable à ce genre de projet, moins fantaisiste et intempestif qu’il ne nous paraît à quelques siècles de distance. Leibniz a-t-il acquis le goût de la négociation et des intrigues occultes auprès des Rose-Croix de Nuremberg, auquel il s’affilie deux ans, à partir de 1666? Même s’il prend assez vite ses distances avec cette société secrète et avec l’alchimie, il y a peut-être rencontré son premier mentor, le baron Jean de Boinebourg, conseiller de l’évêque de Mayence. Leibniz, devenu secrétaire de Boinebourg, part donc pour Paris le 18 mars 1672 dans l’espoir de présenter en personne au roi son argumentaire en faveur de la conquête du Nil. Mais Louis XIV, qui n’a vraisemblablement pas eu communication du mémoire, ne le reçoit pas et, le 6 avril, déclare la guerre à a Hollande Le ministre des affaires étrangères, Simon Arnauld de Pomponne, signifie à Boinebourg l’enterrement du plan : « Je ne vous dis rien sur les projets d’une guerre sainte; mais vous savez qu’ils ont cessé d’être à la mode depuis Saint Louis. » Enfoui dans les archives de Hanovre, le mémoire égyptien de Leibniz n’en sera exhumé qu’en 1803, lors de l’occupation de cette ville par les Français – soit après l’expédition d’Egypte menée par Bonaparte en 1798, à qui il a échu de faire passer dans la réalité ce rêve des Lumières, lequel s’est d’ailleurs vite mué en cauchemar colonial et politique. Extrait de « L’été des livres » par Nicolas Weill Le Monde 20 juillet 2018

Extrait de « L’été des livres » par Nicolas Weill Le Monde 20 juillet 2018
Communiqué par Monique Puech

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